De l’Importance Du Détail : l’Opéra Garnier

Visiter un lieu, en connaître les grandes lignes, vite vite on veut tout savoir ! Malheureusement, le temps presse, on ne peut entrer dans les détails, on passe à côté d’une foule de petites histoires…

De l’IDD (De l’Importance Du Détail) est là pour remédier à ce manque de temps. On se concentre sur de toutes petites choses que vous auriez pu ne pas voir en visite. Suivez l’guide !


L’Opéra Garnier, comme tout Opéra, s’aborde de manière particulière, quasiment de façon mystique. Celui de Paris peut-être encore plus qu’ailleurs. Conçu par l’architecte Charles Garnier pour l’Empereur Napoléon III, le bâtiment regorge d’Histoire et d’histoires.

Mais laissons de côté le grand et le majestueux pour nous concentrer sur le petit mais non moins symbolique détail de l’architecture. Charles Garnier nous parle grâce à des codes esthétiques très malins, embarquons-nous ici pour les déchiffrer.

1/6 : Une salamandre peut cacher… Un dragon !

Que chercher ? Une salamandre en bronze galvanoplastique.

? Vous arrivez de la rotonde des abonnés, montez la première salve de marches du grand escalier, suivez la rampe sur vôtre droite ou vôtre gauche (tout dépend de quel côté vous montez), avant d’arriver sur le palier de l’arrivée du public : elle est là !

Mais qu’est-ce donc que ce détail ? Une petite salamandre orne de part et d’autre la rampe centrale. A l’époque de Charles Garnier pourtant, une des deux n’existait pas, à la place on pouvait y trouver un dragon (côté cour). Les deux veillaient sur des conduites de gaz sortant de la maçonnerie afin d’alimenter les torchères et autres sources de lumière. Le dragon a malheureusement disparu à une époque indéterminée, sans doute victime d’un collectionneur bien mal intentionné. Faute de modèle permettant de le refondre, Alain-Charles Perrot (architecte en charge de la restauration de l’Opéra Garnier à partir de 1995) fait copier la salamandre en l’inversant. Aujourd’hui, les deux cracheuses de feu surveillent les fils électriques mieux que quiconque !

© Paris with Melissa

2/6 : Paris et les Arts

Que chercher ? Le plafond du grand escalier (Pas trop compliqué jusque là) ! Et plus précisément une allégorie assise sur un navire, Pégase se cabre derrière elle.

? Orientez votre regard vers le caisson Ouest de la voûte du plafond (regardez la peinture côté Ouest, le Nord est là où vous voyez Apollon sur son char). Massez-vous la nuque. Vous êtes prêt.

Mais qu’est-ce donc que ce détail ? Voici La Ville de Paris recevant le plan du Nouvel Opéra peint par Isidore Pils. La ville de Paris est donc cette figure cuirassée et assise sur son vaisseau symbolique accueillant l’Architecture, la Peinture et la Sculpture. L’Architecture lui présente le plan du Nouvel Opéra tandis que Pégase vole en compagnie d’un génie des Beaux-Arts. La femme allongée aux pieds de la ville représente la Seine.

© Paris with Melissa

3/6 : Paris est partout !

Que chercher ? Deux enfants ailés tenant le blason de la Ville de Paris.

? Sur le premier palier, là où s’ouvre une porte monumentale ornée de deux cariatides. Regardez plus haut sur le fronton, ils sont là !

Mais qu’est-ce donc que ce détail ? Deux enfants de marbre blanc s’appuient sur les armes en bronze de la ville. Une fois repéré vous l’avez compris : Fluctuat Nec Mergitur, le vaisseau de la ville de Paris vogue malgré les intempéries.

© Paris with Melissa

4/6 : « Hommage » à Louis XIV

Que chercher ? Un cartouche aux armes de Louis XIV.

? Dans la salle de spectacle, au niveau du lambrequin (plaque ornementale encadrant le rideau de scène sur le dessus).

Mais qu’est-ce donc que ce détail ? Il s’agit d’un décor avec en son centre un soleil à visage humain entouré par la devise de Louis XIV « NEC PLVRIBVS IMPAR » , et une date : « ANNO 1669« . C’est cette année que l’Académie de Musique fut créée et autorisée par le roi à Pierre Perrin, qui pouvait alors présenter des œuvres chantées en français. Trois ans plus tard, un certain Lully reprendra ce privilège et fit ainsi naître l’Académie Royale de Musique. Charles Garnier rappelle par ce cartouche les débuts de ce qui allait devenir (très) progressivement l’Opéra National de Paris.

5/6 : La lumière dans tous ses états

Que chercher ? Des bustes de bronze représentant les techniques d’éclairage.

? Dans les deux salons octogonaux de part et d’autre du Grand Foyer.

Mais que sont donc ces détails ? Ces bustes ont été réalisés par Félix Chabaud. Ils illustrent les techniques d’éclairage. Le Gaz : une jeune personne coiffée d’un manomètre et portant des tuyaux en guise de colliers. L’Huile : une lampe antique en couvre-chef et des branches d’olivier en sautoir. L’Electricité : une pile à auges sur la tête et portant des bijoux de fils et bobines électriques. La Bougie : une ruche flanquée de quatre bougies allumées en guise de coiffure.

Le Gaz – © Paris with Melissa
L’Huile – © Paris with Melissa
L’Electricité – © Paris with Melissa
La Bougie – © Paris with Melissa

6/6 : Là où y’a d’la gêne…

Que chercher ? Un très grand buste portant un casque ailé.

? Dans le grand foyer au milieu des deux arcs doubleaux d’une des extrémités.

Mais qu’est-ce donc que ce détail ? On finit en beauté puisque vous êtes face à l’architecte lui-même. D’un côté il se représente sous les traits de Mercure avec son casque ailé et de l’autre, il nous présente à sa femme prenant les traits de la déesse Amphitrite. Concernant le pourquoi du comment il décide de se faire représenter, il écrira :

« Si je me suis fait faire sous cette effigie, ce n’est pas, croyez-le bien, parce que j’ai la prétention d’avoir inventé la lyre, ni moins encore celle de représenter les voleurs ; mais parce que je sais que la curiosité joue souvent un grand rôle dans l’attention que l’on porte aux œuvres d’art, et qu’il se peut fort bien que cette particularité prenne place dans les guides de l’avenir, et signale à l’attention une des œuvres de Chabaud qui n’est pas des moins réussies. »

Garnier C., Le Nouvel Opéra de Paris, Ducher et Cie, 1878

Je vous résume cela ? Charles Garnier ne se fait pas représenter pour être reconnu mais plutôt pour que l’on reconnaisse le génie de son sculpteur Félix Chabaud en se souvenant de cette particularité : Charles Garnier trône au milieu de l’arc de manière assez… Ostentatoire. Et le « pire », c’est que ça marche, la preuve en est !

Envie d’en connaître encore plus sur les détails de cette incroyable construction ? Suivez-moi lors d’une visite !


Et vous, quel est votre détail favori de l’Opéra Garnier ? Laissez-moi un commentaire juste en dessous pour me l’indiquer.

Publié par Melissa Neto

Guide-Conférencière

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